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Flirey le drame

 

 

Projet de refonte de la page des fusillés de Flirey .

 

Mardi 20 avril 1915

Le froid est encore vif en ce début de printemps 1915. L'aube pointe comme à regret et la brume reste accrochée aux arbres dénudés. Les soldats du 2e bataillon du 63e régiment d'infanterie se tiennent au garde à vous, en rangs serrés, dans une carrière qui se trouve devant un des nombreux bois des alentours de Manonville, (en bordure de la D.3). Les hommes insensibles au froid ont le masque rigide et les yeux durs ; ils réfléchissent, à eux, aux autres, à la vie.

Le régiment va prouver, à nouveau, et sans retard, au cours de cet aigre printemps, qu'on peut tout attendre de lui. Dans un secteur ingrat, qui est devenu pour nous le " secteur des attaques ", on va user et même abuser du 63e.

Source : J.Nouaillac sous-lieutenant au 63e RI Le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 Page 57

 

chateau de Manonville

le château de Manonville, une de ses salles servait de poste de secours au 63e RI

 

 

 

Quelques-uns uns d'entre eux sont des survivants des hécatombes de 1914. Ils ont tout vu, tout supporté, les copains qui tombent, la retraite sans fin, les combats meurtriers, ceux de Blagny, la Besace, Marson, Saint-Léonard, Jonchery, et maintenant ceux de Régnieville! Des charges à la baïonnette où les hommes sont fauchés par grappes entières dans des attaques insensées.

Oui, ils pensent à ces attaques incessantes, celle du 3 avril où deux tranchées ont été successivement enlevées, celle du 4 quand ils ont cru, à tort, que le 107e RI allait les relever, eux qui étaient épuisés, celle du 5 sous la pluie ou 515 officiers et soldats dont le commandant Ymonet sont tombés en criant, " pour la France!"(Extrait du JMO) (Extrait du JMO)

Comment ne pourraient-ils ne pas penser, à ces jours trop longs, à ces nuits sans sommeil, à ces repos trop courts, à tout ce sang versé pour quelques mètres carrés de terrain boueux. Quelques jours passés à l'arrière et, déjà, les revoilà repartis pour le front ; le 18 avril ils étaient en première ligne ou le 2eme bataillon commandé par le commandant Penavrayre prend position devant le bois de Mortmare à l'ouest de la route Flirey-Essey, objectif ; conquérir un tronçon de tranchée que le 78e RI, malgré les efforts déployés, n'avait pu complètement nettoyer. (Extrait du JMO)

 

 

ruines de flirey
Flirey avant la guerre
Les ruines de Flirey
 

 

 
ruine de flirey
 
Les ruines de Flirey
Tranchées - Flirey 1915

 

 

Lundi 19 avril 1915

 

Sous un effroyable tir de barrage les sections tassées dans les tranchées de première ligne se préparent à l'assaut, un coup de sifflet retentit. En tête des sections les gradés de la 5e compagnie s'éjectent en terrain découvert mais ils ne sont suivis que par une poignée de soldats, les autres, la grande majorité, n'ont pas bougé, ils refusent de monter sur le glacis, Voyant que leurs camarades ne suivent pas, les quelques soldats qui avaient franchi le parapet, reviennent en arrière, les officiers, le capitaine et les lieutenants, tout en lançant des jurons, ne peuvent que rebrousser chemin. (Extrait du JMO)

Les hommes se plaignent en disant que ce n'est pas leur tour de franchir le parapet, que ce sont toujours les mêmes qui vont au feu sans tenir compte de leur épuisement.

Sur rapport du lieutenant-colonel Paulmier, le général DE L... (général divisionnaire) a ordonné de faire un exemple et de faire fusiller la compagnie entière ! ... Après de pénibles tractations avec le lieutenant-colonel Paulmier, qui, lui, essayera jusqu'au dernier moment de sauver ses hommes, il sera décidé de désigner six soldats dans la 5e compagnie et de les fusiller sur-le-champ pour refus d'obéissance. Ce nombre sera réduit à cinq grâce au courage du sous-lieutenant Boulant chef de la 4e section, qui s'interposera malgré le risque de sanctions très graves auxquelles il s'expose. Une deuxième concession sera faite ; celle de faire passer les soldats désignés devant un tribunal d'exception.

Le général JOFFRE de passage dans le secteur, ayant eu vent de l'affaire aurait rejeté la clémence et exigé la plus grande sévérité, menaçant même de retirer son drapeau au 63e pour cette défaillance qu'il jugeait inadmissible.

Le lieutenant-colonel Paulmier ne peut que s'incliner devant cet ordre qu'il juge injuste mais, jusqu'au bout, il refusera que le peloton d'exécution soit composé de soldats du Limousin. On éloigne les vieux briscards du régiment et, pour composer le peloton d'exécution, on choisi les nouvelles recrues de la classe 15 qui viennent d'arriver au front et qui ne connaissent pas les victimes désignées.

Après un simulacre de tirage au sort trois soldats seront désignés, le caporal Morange, les soldats Baudy et Prébost. La faute impardonnable qu'on leur reproche : c'est d'être dans le civil des ouvriers affiliés au syndicat de la C.G.T (la Confédération Générale du Travail a été fondée à Limoges le 23 septembre 1895).

Le soldat Fontanaud et le soldat Coulon seront semble t'il, quant à eux véritablement désigné par un tirage au sort de numéro effectué par les chefs de section, le lieutenant M. et les adjudants D. et C. Le soldat Coulon sera sauvé in extremis devant la cour martiale pour avoir suivi une ligne de défense qui impliquait l'irresponsabilité " simplicité d'esprit ", ligne de défense que ses camarades d'infortune, trop francs et trop las de ces sacrifices inutiles n'ont pas voulu suivre malgré les injonctions de leur défenseur désigné, le lieutenant Minot.

Voila pourquoi ce mardi 20 avril 1915 le 2e bataillon du 63e RI est aligné devant ce petit bois, face à quatre hommes agenouillés qui ont les yeux bandés. Alors, comment ne pas penser, à la vie, à la mort et certainement à l'injustice. ?

 

 

 

 

 

Une salve suivie de coups de grâce met fin à la vie des quatre suppliciés qui furent aussi, ne l'oublions pas, quatre braves du 63e.

Vous trouverez-ci dessous leurs noms et prénoms et je crois que, même après tant d'années écoulées, la plus belle marque de respect que nous puissions offrir à ces soldats, c'est de graver leurs noms dans notre mémoire car, eux aussi, sont également tombés pour la France.(Article journal 1925)

  • Caporal Morange Antoine, né le 20 septembre 1882 à Champagnac (Haute-Vienne) réhabilité en 1934. Une rue porte son nom à Villeurbanne (Rhône)
  • Soldat Baudy Félix François Louis, né le 18 septembre 1881 à Royére (Creuse) réhabilité en 1934
  • Soldat Présbot henri-Jean, né le 1er septembre 1884 à St-Martin-Chateau (Creuse) réhabilité par jugement de la cour spéciale de justice militaire le 30 juin 1934
  • Soldat Fontanaud François, né le 10 décembre 1883 à Montbron (Charente) réhabilité en 1934

Sources :

Le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 - Auteur J.Nouaillac

Revue LIBRE PENSEE 23, Histoire de Félix Baudy maçon Creusois, syndicaliste " De Royère …au peloton d'exécution. 1881-1915. auteur M. R.Parayre

Article du journal la CHARENTE LIBRE du samedi 11 novembre 2000. Auteur M. Bernard Petit.

Archives départementales de la Creuse (Guéret) .

Site : Mémoire des hommes Ministère de la défense S.G.A. Secrétariat Général pour l'Administration

J.M.O. Journal de Marche et des Opérations du 63e R.I. 1914 1918

 

 

 

 

 

 

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